Schumpeter

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Joseph A. Schumpeter

Joseph Alois Schumpeter (Triesch, Moravie, 8 février 1883 - Salisbury, Connecticut, 8 janvier 1950) est l'un des économistes les plus connus du XXe siècle, pour ses théories sur les fluctuations économiques, la destruction créatrice et l'innovation. Il est notamment l'auteur d'une Histoire de l'analyse économique, parue en 1954, et surtout d'un ouvrage mêlant réflexions politiques et économiques, Capitalisme, socialisme et démocratie, publié en 1942 et qu'il est possible de lire en ligne.

Vers une déconstruction de la représentation idéaliste de la démocratie

C’est Joseph A. Schumpeter qui proposa une déconstruction de cette représentation idéaliste de la démocratie, en mettant à bas ces deux principaux postulats, à savoir la rationalité d’un vouloir unifié détenu par le peuple souverain et la présence consécutive d’une finalité unique et déterminée. L’évidence d’un bien commun à tous est ironiquement mis en question par Joseph A. Schumpeter en raison de son indétermination et de son abstraction : « il n’existe aucune entité consistant dans un bien commun uniquement déterminé sur lequel tous les hommes puissent tomber d’accord ou puissent être mis d’accord par la force convaincante d’arguments rationnels ». D’autres parts, même si un « maximum utilitariste de satisfaction économique » pouvait être rationnellement déterminé, sa mise en œuvre demeurerait problématique et ne pourrait également satisfaire tout le monde. Est-il possible en effet d’apporter une réponse précise à des problèmes particuliers et à des intérêts si divergents ? En conséquence de quoi, la conception particulière de la volonté du peuple ou volonté générale « s’évanouit en fumée » . Car s’il n’existe aucune finalité commune déterminable (le bien commun) et aucune volonté commune mais une pluralité de volitions particulières, la volonté générale n’a effectivement pas lieu d’être.

Joseph A. Schumpeter, pilier de la légitimation théorique du lobbying

Pour Joseph A. Schumpeter, il n’existe donc pas de régime démocratique au sens classique du terme, mais seulement une méthode démocratique définie comme « système institutionnel, aboutissant à des décisions politiques, dans lequel des individus acquièrent le pouvoir de statuer sur ces décisions à l’issue d’une lutte concurrentielle portant sur les votes du peuple ». Les hommes politiques et d’une manière homothétique, les administrations qui doivent les servir, sont alors transformés en acteurs concurrents devant convaincre une clientèle à laquelle on peut appliquer les us et les coutumes de l’entreprise en matière de recherche de profit. Cette approche pragmatique de la démocratie est non seulement plus proche de la réalité mais légitime aussi la représentation d’intérêts particuliers dans le jeu réglé d’une lutte d’influence entre différents groupes. La « méthode démocratique » schumpétérienne n’exclue pas le lobbying, elle semble même le normaliser. Après tout, les relations interpersonnelles en général ne se réduisent-elles pas un jeu d’influence, de séduction, de captation ? Comme l’a démontré Jürgen Habermas, toute interaction humaine participe d’un « agir stratégique » dont le but est d’influencer autrui en vue de la satisfaction de son propre intérêt. A l’opposé, l’ « agir communicationnel » définit idéalement la recherche d’une entente commune via la négociation et le dialogue. Si l’ « agir communicationnel » est une construction proprement théorique, l’ « agir stratégique » est bien une réalité empirique. En un certain sens, toute relation interpersonnelle est purement et simplement un jeu d’influence, et le régime démocratique, le lieu par excellence de ce type de « lobbying primitif ».