Sophiste

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Définition générale

Le sophiste est celui qui profite des ambiguïtés du langage pour produire des raisonnements d'apparence logique, mais qui contiennent des vices cachés. On parle de discours « sophistiqué » ou de « sophisme ». Les principaux types de sophismes ont été catalogués par Aristote dans sa Rhétorique, où il les définit comme des « semblants d'enthymèmes » (on traduit d'habitude par « enthymèmes apparents », mais ce n'est pas une bonne traduction : ce ne sont pas des enthymèmes, ce sont des raisonnements qui paraissent l'être).

Sophisme, lobbyisme, incertitude juridique et brevets logiciels

Cet extrait est tiré de l'article suivant :

Le statu quo règne à l’égard du brevet logiciel. Le résultat du rejet par le Parlement européen de la proposition de directive sur les « inventions mises en œuvres par un ordinateur » est un vide juridique et l’Office européen des brevets peut continuer à accorder des brevets logiciels malgré la Convention de Munich.

Cette incertitude juridique génère également une incertitude légale (peut-on attaquer quelqu’un pour avoir enfreint un brevet logiciel en Europe ?), une incertitude commerciale (une entreprise doit-elle breveter ces applications logicielles ?), une incertitude politique enfin (en faveur de quelle partie vont trancher les décideurs ?). Cette incertitude juridique constitue aussi une véritable matrice générant deux interprétations asymétriques. Ces argumentations contradictoires endossés par des acteurs très différents et diffusés en continue est à la source de ce que l’on peut appelé une complexité multi-niveaux, un contexte autorisant d’autant plus l’usage des ressources sophistiques.

Or, quel est le principe de toute pensée sophistique ? La philosophie sophistique postule que l’être n’est qu’une multiplicité changeante et contradictoire. Si l’être n’est qu’apparence et contradiction, il n’existe pas de fondement stable et irréfutable d’où découlerait une vérité intemporelle ainsi que le substantialisme platonicien le suggère. Ainsi donc, le vrai et le faux sont deux notions relatives dénués de sens dans l’absolu. Si l’être est contradictoire, alors le dire lui-même doit épouser cette contradiction. Le sophiste prône le relativisme à l’image du célèbre Gorgias et manie en conséquence l’art de la contradiction.

Le lobbyiste professionnelle est en quelques sorte est sophiste des temps moderne. Absolument parlant, il doit pouvoir se faire l’avocat de n’importe quelle cause, même la moins défendable. Il doit produire un discours d’apparence rationnelle au service d’un intérêt particulier. Voici deux types de discours « vraisemblables » mais se contredisant totalement au sujet de la brevetabilité des logiciels. Il suffit simplement de changer une prémisse de départ.

  • Type de discours de l’EICTA

Afin d’accomplir l’agenda de Lisbonne, à savoir que l’Union européenne soit l’économie la plus compétitive dans le domaine du savoir et de la connaissance en 2010, il est nécessaire d’étendre le champ de la brevetabilité aux logiciels. Breveter les logiciels, c’est protéger l’innovation et justifier les importants coûts de R&D. Cette extension de la brevetabilité est garante d’une forte croissance économique dans le domaine des services et par conséquent d’une création d’emplois supplémentaires.

  • Type de discours de la FFII

Afin d’accomplir l’agenda de Lisbonne, à savoir que l’Union européenne soit l’économie la plus compétitive dans le domaine du savoir et de la connaissance, il est nécessaire de restreindre le champ de la brevetabilité. Breveter les logiciels tue l’innovation ; la brevetabilité des logiciels menace la liberté de programmation et institue l’incertitude légale, l’insécurité juridique. L’exclusion des logiciels du champ de la brevetabilité permet de protéger les PME européennes du secteur du logiciel, acteurs principaux de l’économie dans ce domaine, et de garantir la protection de l’emploi.

La coexistence de ces deux types de discours n’est certainement pas faite pour clarifier une situation déjà suffisamment complexe. Dans un tel contexte d’incertitude, face à deux discours également contradictoire, le député européen doit accomplir le difficile partage entre ce qui est et ce qui n’est pas. Lorsqu’il est devenu impossible de faire la distinction entre fiction et réalité, l’ultime critère qui entre en jeu est celui de la représentativité. Un groupe d’intérêt prétendant représenter la « majorité économique ou sociale » dans un secteur particulier fait la différence. La représentativité est un argument d’autorité difficilement contestable. Et pour le député européen, bien entendu, il s’agit de satisfaire la majorité des électeurs potentiels.

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